Je l'ai vue pour la première fois au Salon du Livre. Je ne savais pas qui c'était et je ne sais toujours pas qui c'est. Apparemment, elle avait écrit un livre. Et paraissait bien seule. Elle semblait si mignonne et si triste que j'ai eu un peu pitié d'elle. Comment s'appelait-elle ? Julia Kerninon. Et son livre s'intitulait Buvard. Mais si ma mémoire l'a vite oubliée, mon APN lui n'oublie rien !

Donc en faisant défiler mes photos le soir, sur mon ordi, voilà que je retombe sur elle. Vraiment mignonne. Et si rêveuse ! A-t-on son bouquin chez nous dans le réseau des médiathèques ? Ah ! Ben ouais, il est "à Saint-Ex" (la médiathèque de Paray). N° de notice : 11731000 ; le regard tristounet de Julia K. et son regard perdu au fin fond de ses pensées profondes m'ont incité à réserver le livre en ligne.

Je le reçois un peu plus tard sur mon bureau.

Je finis de lire Yalom et Roubaud puis j'entame Buvard. Le récit entrecroisé d'un jeune gay et d'une écrivaine. C'est plutôt bien. Comme ça se laisse très bien lire et que les personnages sont quand même bien foutus, je case le bouquin en coup de coeur sur le Pinterest du réseau des médiathèques. J'en entends déjà dire que c'est pour sa gueule à la Audrey Tautou. Et alors ?

Mais tout ça ne me dit pas qui est Julia Kerninon ? Certes, on s'en fout un peu vu que théoriquement, c'est le livre qui compte, pas l'écrivain. Sauf que nous vivons une époque où la vie de l'écrivain prime sur son livre. Tout savoir sur sa vie sexuelle plutôt que sur ses reflexions métaphysiques. Alors je googlise, commondit maintenant, Julia K. Elle est originaire de Nantes mais n'est pas sur Wikipédia (je m'en charge...). Elle est sur Twitter quand même. Elle a été chroniqueuse sur l’antenne d’Alternantes et vient de recevoir le prix Edmée de La Rochefoucauld.
Elle est of course sur FB.
Et son Tumblr s'appelle et mon cul c'est du poulet ? in english. Ça, ça rappelle son personnage...
"Je me suis fait la réflexion hier - le sexe, c’est quand même plutôt mieux à deux qu’à un seul".
En fait, elle est hypersérieuse :
"Julia Kerninon est actuellement thésarde en littérature, et mène une recherche sur la revue américaine, The Paris review", peut-on lire dans le Café Littéraire.
Sur Google Images, on trouve sa jolie tronche d'Audrey Tautou littéraire ; plus joyeuse qu'au salon du Livre ! Même en tapant Julia Kerninon nue, on trouve rien d'autre :

Elle a 4,8 étoiles sur Amazon. Et mène mille et un vies de Paris à Budapest.
(...) Elle a vécu en Allemagne, en Hongrie, en Angleterre, et en Italie.
L’étudiante est barmaid, baby-sitter ou traductrice. A l'occasion, elle est écrivaine.

Pourquoi votre livre, qui raconte la rencontre entre une romancière reconnue et un jeune admirateur qui vient l’interviewer, s’appelle «Buvard»?
Ce roman évoque le rôle de la littérature. Or la littérature est une activité qui se pratique seule mais qui est en lien avec les autres. Avec les écrivains qui s’imprègnent les uns des autres et s’influencent. Avec les lecteurs qui se laissent imprégner et structurer par leurs lectures. La littérature est un lien de communication entre les êtres et à travers le temps. Cela dit, j’ai choisi «Buvard» parce que j’aime ce mot pour lui-même.
http://www.cooperation-online.ch/Julia+Kerninon

Visiblement, elle aime les mots. Buvard, Budapest, les mots qui commencent par Bu...

La phrase préférée de son livre.
«Elle était dure, injuste, cinglée et fière, mais ses phrases ne laissaient rien paraître de ça, ses phrases étaient aussi parfaites que des rivières
http://www.cooperation-online.ch/Julia+Kerninon

Bon ben maintenant, j'en sais un peu plus sur Julia K. Me reste plus quà la revoir. Peut-être au prochain Salon du Livre à la place de Musso ou Bernard Werber. Assaillie par la foule et les admirateurs. Peut-être même que je lui demanderai un autographe.

La photographie ne peut capturer aucune action dans son intégralité. La fragmentation permet le bénéfice du doute. Peut-être que pas. Peut-être que tout s’est bien passé. C’est ce que disent les cartes postales. Mais elles aussi ne nous parviennent qu’avec un léger décalage. Nous lisons le journal d’hier. Il ne contient que des bonnes nouvelles parce que même pour les mauvaises, il est déjà beaucoup trop tard. Aucune réaction ne nous sera demandée. Nous n’avons pas vraiment à nous positionner, sauf à nous rapprocher un peu de l’écran pour admirer le grain pur des photographies. Ce n’est pas parce qu’on regarde qu’on n’a pas les yeux fermés.
http://larepubliquedelaphoto.com/ce-nest-pas-a-moi-dassurer-la-coherence-du-monde/