binet2015

10 juillet 2015.

Un après-midi d'été dans la banlieue surchauffée, Dandylan sortait d'une réunion préparatoire à la rentrée littéraire pour suivre un mystérieux libraire qui n'était pas Mr Fikry, loin s'en faut. La librairie plongée dans la pénombre rafraichissante sentait les livres, une odeur que Dandylan n'avait pas respiré depuis longtemps, trop habitué à l'odeur neutre des ebooks trouvés illégalement sur la Library Genesis.

Le libraire lui confia un livre EN PAPIER comme on tend un manuscrit égyptien à un geek en goguette. Le prochain Laurent Binet ! Putain de zut ! Dandylan se dit qu'il n'aurait pas le plaisir de pirater le bouquin à sa sortie en librairie prévue fin août.

Mais j'étais soudainement heureux (ben oui quoi, Dandylan, c'est moi et j'ai bien le droit de dire je tout d'un coup). Je retrouvais enfin le plaisir et le contact d'un livre fraîchement acheté à la FNAC au siècle précédent. Nous étions de plus en juillet et le livre n'était pas sorti, ai-je déjà dit si vous suiviez un peu, ce qui lui valait une aura de voyage dans le temps inappréciable pour un amateur de SF. C'était demain.

Vous avez tapé amateur de SF, Amazon vous conseille les livres suivants : Silo de Hugh Howey et Suppr. de Karl Olsberg.

Le soir venu, moi et Dandylan nous précipitâmes pour lire La Septième fonction du langage, le second roman de Laurent Binet qui, d'après Wikipédia, en a écrit d'autres. Mince ! Roland Barthes était mort écrasé et je ne le savais pas, je lis rarement la rubrique des sémiologues écrasés, faut dire. Bien que j'eusse lu La Chambre Claire en amateur photo éclairé à une  température de couleurs modérée et sans flash, il est vrai que la sémiologie n'a jamais été mon thème  de prédilection. D'ailleurs je ne suis pas certain de savoir ce qu'est la sémiologie.

Etait-ce un ouvrage philosophique ? Que nenni ! C'était marqué roman sur la couv comme disent les bibliothècaires qui ont rarement lu Schopenhauer. Un polar ? Certes, il y avait un flic de droite dans le récit. Mais il y avait aussi un jeune linguiste de gauche.

L'histoire se passait en 1980 avant l'élection de Mitterrand. Et si vous étiez malin, vous le sauriez déjà puisque Barthes s'est fait écraser en 1980 (comme Fernand Raynaud en 1973). Sauf que, était-ce bien un accident ?  La mort de l'auteur n'était-elle pas suspecte ? Simon et Bayard enquêtent. Simon, c'est le jeune thésard perspicace et Bayard, c'est le flicos qui n'aime pas les pédés.
Qui a tué Barthes, auteur de La Mort de l'auteur ? Ce n'est pas Fabien Barthez comme le croyait Monsieur Sarkozy. Bon, je ne vais pas vous spoiler surtout que je n'en ai lu que 200 pages pour l'instant et j'ai hâte de finir le livre.

La BOL (bande originale du livre) est très fin des seventies avec Killing an arab de The Cure ou Gaby oh Gaby de Bashung pourtant la bande n'est pas mixée par Vernon Subutex. C'est assez intello et burlesque voire même grotesque. C'est pas un roman feelgood pourtant ça fait du bien. On replonge dans l'univers politique du début des années 80 malaxé dans le shaker cérébral de Laurent Binet. J'apprends enfin ce qu'est la sémiologie et je dis bonjour à Umberto Eco qui passait par là et dont je n'ai pas apprécié le Numéro Zéro. J'aurais voulu être écrivain (musique de Balavoine qui apparait lui aussi dans le livre en papier).

Ceux qui ont lu HHhH adoreront, ceux qui n'ont pas lu HHhH devraient le faire. Mais comme rien ne se passe comme prévu, il est possible que ceux qui ont lu La fille de papier n'aiment pas trop et que ceux qui n'ont pas lu Foucault, Lacan, Sollers ou BHL aillent se faire foutre.

La Septième fonction du langage aura le Prix Goncourt du second roman.

A suivre si vous le voulez bien !

Epilogue : 01/09/2015 : il a déjà eu le Prix FNAC 2015...