Aujourd'hui, je vais jouer au Garde-Mots. Ayant noté lors de ma lecture d'une anthologie de la poésie japonaise classique que les poémes japonais étaient remplis de "lespédèzes", je m'étais précipité sur Google pour voir l'aspect de cette plante si renommée or quelle ne fut pas ma stupéfaction, en découvrant si peu de choses. Rien sur Wikipédia ! Je me jetais sur mon vieux et lourd Larousse IRL de 2007, pas plus !

   Le vent d'automne
Est devenu frais
   Alignons nos chevaux
Et partons dans la lande
Pour voir les lespédèzes en fleur
(Poème japonais anonyme)

Alignant mon cheval, je ne trouvais dans la lande qu' une vague photo sur un site de brocante et d'antiquités du Japon appelé Mitate plus :


Et deux petits symboles :

Mais pas beaucoup plus. S'agissait-il d'un mot savant pour une fleur commune ?
Je dénichais quelques renseignements très anciens sur Google Books dans le
Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle : appliquée aux arts, à l'agriculture, à l'économie rurale et domestique, à la médecine, etc. Volume 17 (sic) de Jacques Eustache de Sève :

Une seconde piste dans un ouvrage intitulé "Jubiläumsband, Volume 2 Par Deutsche Gesellschaft für Natur- und Völkerkunde Ostasiens" (re-sic) de Bruno Petzold :

L'ennui, c'est que "hagi" est le nom d'un joueur de foot très célèbre, celui d'une ville, un prénom...

Réussi toutefois à trouver après moult recherches, ceci dans "Les plantes du Man.yô-shû" de Claude Péronny :

Google me proposait aussi cette belle assiette à décor de lespédèzes sur Chapitre.com à 44€ mais Google Images annonçait piteusement que "Les termes de recherche spécifiés - lespedezes – ne correspondent à aucun document." (1) :

Comme si le mot se dérobait à la classification, à la recherche, à l'iconographie. Une plante rebelle que Google ne pouvait apprivoiser. Sortant d'une lecture fort profitable de La Cité des Mots d'Alberto Manguel où l'auteur de conférences pose des questions subtiles sur le rôle du conteur d'histoires et le pouvoir des phrases, je me demandais :  "Le mot peut-il créer le monde ?".
Souhaitons que, comme il y eut le temps des cerises, il y aura un temps des lespédèzes...


Banquet dans le jardin de lespédèzes. Shunshô Katsukawa vers 1790

On trouve aussi un bel (et rare) article sur un blog :

Le lespédèze illustre, plus que tout autre végétal, le karumi, cette légèreté que prônait le poète Bashô dans l'écriture, "telle une rivière peu profonde dont on verrait le lit de sable fin".

"Sans faire tomber
une seule goutte de rosée
doucement ondule le lespédèze."

"Parmi les vagues
mêlés aux coquillages minuscules
pétales de lespédèze."
(Bashô)
(Encres du monde)

(1) Ajout du 9.9.9 : comme me le signale Joël, Google Images pointe maintenant sur mon blog. Cela prouve bien que la présence de l'observateur influence l'expérience...